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vendredi 14 août
Un pays bloqué ?
 
En votant pour le Sinn Féin les Irlandais ont exprimé un profond ras-le-bol de la politique libérale nous explique Henry Leperlier, conseiller consulaire, secrétaire de la section des Français de Dublin et membre du bureau fédéral de la FFE ( Fédération des Français de l’étranger)
 
Cap Finistère : Comment se fait-il qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour connaître le résultat des législatives irlandaises ?
Henry Leperlier : Le système électoral irlandais pour élire les députés qui siègent au Dáil est assez complexe. Il s’agit d’un vote préférentiel par circonscription. Les voix sont attribuées en fonction de calculs compliqués. C’est pour cette raison que le nombre de voix ne correspond pas au nombre de sièges.
 
Cap Finistère : Comment interpréter ces résultats ? 
Henry Leperlier : Le Sinn Féin est le grand vainqueur de ces élections. Il devance le Fianna Fáil et surtout le Fine Gael du Taoiseach sortant Leo Varadkar.
Le Fianna Fáil est un parti populiste de droite qui a poussé le clientélisme à un point difficilement imaginable pour les Français. Ses députés tiennent ce qu’ils appellent des « clinic » où ils jouent un rôle d’assistante sociale pour accomplir tout type de démarches administratives. Il constituait une machine électorale très bien rôdée d’où la surprise de la voir devancé par le Sinn Féin.
Le Fine Gael est un parti de droite au passé peu glorieux qui s’est reconverti en parti libéral.
A cela il faut ajouter les indépendants qui sont difficilement classables et peuvent faire ou défaire les majorités. C’est assez surprenant pour des Français mais en Irlande, des candidats peuvent se faire élire en défendant l’idée qu’on peut conduire en état d’ivresse.
 
Le Parti vert effectue aussi une percée. Mais il faut se rappeler que c’est grâce aux voix des députés de ce parti qu’en 2008 l’Irlande a renfloué ses banques et adopté un plan d’austérité qui s’est traduit, entre autre, par une baisse de 25% des salaires dans la fonction publique.
Les Irlandais ont voté Sinn Féin pour dénoncer leurs conditions de vie et en particulier, le système de santé et le logement.
Les patients doivent tout payer. Un passage aux urgences coûte 100 euros. Une consultation entre 50 et 60 euros. Même en payant les délais pour des examens comme un scanner sont extrêmement longs.
Mais c’est surtout la question du logement qui exaspère les Irlandais. Les loyers pour des maisons très banales peuvent atteindre 2200 euros à Dublin. Et il n’est pas possible d’habiter en dehors de la capitale lorsqu’on y travaille puisque le réseau de transport en commun est déplorable. Pour s’attaquer sérieusement à ce problème, il faudrait réviser la constitution. En effet, elle garantit le droit de propriété et empêche de protéger pleinement les locataires qui ne disposent quasiment d’aucun droit.
Il faut savoir, pour comprendre cette situation qu’un tiers des députés de la précédente assemblée étaient des propriétaires de logements qu’ils louent.
A cela il faut ajouter que l’actuel gouvernement a refusé de percevoir les impôts qu’Apple aurait du régler. En effet, l’Union européenne a condamné Apple à payer 12 milliards d’euro. Mais, par peur que les entreprises quittent l’Irlande, le gouvernement ne les a pas réclamés. Ils sont sur un compte bloqué. Je pense que cette peur de voir les multinationales quitter l’île n’est absolument pas justifiée.
 
Cap Finistère : Comment se fait-il que le parti travailliste soit quasiment absent d’Irlande ? 
Henry Leperlier : Le parti travailliste n’est pas totalement absent mais il est vrai qu’il ne joue pas les premiers rôles, même s’il aura son mot à dire dans les discussions qui vont s’engager pour la composition du gouvernement. On peut dire qu’il est à l’image de ce sont les partis sociaux-démocrates européens qui ne tombent pas dans le populisme quand leurs concurrents n’hésitent pas à le faire. En outre, après la crise de 2008, les travaillistes ont traversé une crise interne qui s’est soldée par une scission et la création des Sociaux-démocrates. Ces deux partis ont obtenu chacun 6 députés. Sur le papier, la gauche est sans doute majoritaire en Irlande.
Même s’il est difficile de juger des tendances des « Indépendants » (non-inscrits)
 
Mais le Labour est le seul parti qui n’a jamais pratiqué la violence, historique ou de rue. Ses relations avec le Sinn Féin, qui a entretenu des rapports avec l’IRA, ne sont pas très bonnes.
Mais, sans accord, il faudrait revoter. Or, une nouvelle élection amplifierait probablement le score du Sinn Féin qui n’avait pas présenté de candidats dans toutes les circonscriptions.
qui n’avait pas présenté qu’un seul candidat dans la majorité des circonscriptions ; dans le système irlandais les circonscriptions sont à trois ou quatre députés avec un report des excédents de quota pour être élu vers les autres candidats.
 
 
Cap Finistère : La percée du Sinn Féin annonce-t-elle une réunification de l’île ? 
Henry Leperlier : La question du Brexit a, je crois très peu joué dans le vote des Irlandais. Evidement tout Irlandais vous dira qu’il est pour la réunification de l’ïle. Mais compte tenu de ce que je viens de vous dire à propos du système de santé, se posera immédiatement la question : qui paye ? Car, le système de santé, au nord est bien plus avantageux pour les patients. Si une réunification doit se traduire par un alignement sur ce qui se passe en Eire, les nord-irlandais ne seront certainement pas d’accord.
Les Irlandais ont déjà intégré le Brexit et ont engagé des discussions avec la Bretagne ou la Normandie pour continuer leur commerce avec l’Union européenne.
 
Article publié dans le Cap Finistère n°1300 du 21 février 2020
 



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