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mercredi 12 août
Si on écoutait les pauvres ?
Et si on écoutait vraiment ce que les personnes les plus pauvres, celles qui vivent dans la précarité, ont à dire ? C’est ce qu’a voulu faire le Conseil départemental du Finistère en donnant la parole à la présidente nationale du mouvement ATD Quart Monde, Claire Hédon, le 22 novembre en ouverture de la Conférence des solidarités qui se tenait cette année aux Capucins à Brest. 
Mais qu’est-ce que la pauvreté ? L’absence d’argent ne suffit pas à la définir même si elle est à la base de la précarité et de la misère. En France, 9,1 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté qui se situe à 60 % du revenu médian soit 850 euros. 2,2 millions disposent de moins de 600 euros et sont dans la très grande pauvreté et enfin, 150 à 200 000 personnes sont sans domicile fixe. 
Mais la pauvreté ce sont aussi, et surtout, des difficultés d’accès aux droits dans les domaines du logement, du travail, de la santé, de l’éducation et de la culture. Toutes les études, menées en France et dans le monde montrent que les pauvres souffrent partout d’isolement, de maltraitance sociale et institutionnelle. « Les pauvres sont toujours sommés de répondre à la question : mais qu’est-ce que vous avez bien pu rater pour en arriver là », a dénoncé Claire Hédon. 
La maltraitance institutionnelle c’est la lutte contre la fraude qui aboutit à un taux extrêmement élevé de non-recours aux prestations auxquelles les plus pauvres ont le droit mais qu’ils ne réclament pas de peur d’être stigmatisés et traités d’assistés. 
Il faut prendre le temps de comprendre ce que signifie vivre dans la pauvreté. Exemples à l’appui, Claire Hédon a expliqué que, lorsque que les difficultés s’accumulent, ce qui peut apparaître à certains comme une simple péripétie peut se révéler, pour les plus pauvres, comme un mur infranchissable. En matière de logement par exemple. Des familles se retrouvent à la rue car elles refusent trois offres. Mais avant de juger, il convient de regarder les raisons de ces refus. Lorsqu’on n’a pas de voiture, qu’un enfant doit être scolarisé dans un établissement particulier, il n’est pas possible d’accepter un logement à plusieurs kilomètres. 
C’est pour éviter ce genre de situation qu’ATD organise régulièrement des rencontres entre ses militants et des travailleurs sociaux de manière à ce qu’un dialogue s’instaure. 
Chaque année, 100 000 jeunes quittent le système scolaire sans qualification. 95 % d’entre eux vivent dans la très grande pauvreté. « Notre système est très bon pour les meilleurs, pour sélectionner une élite. Mais elle laisse bien trop d’élèves sur le côté de la route », a déploré Claire Hédon. Et pourtant, là encore, lorsque les enseignants comprennent ce que vivent ces enfants, ils peuvent adapter leur enseignement. « Les parents s’en foutent, ils ne viennent même pas aux réunions de parents d’élèves » entend-on souvent. Or, ce n’est pas du désintérêt. C’est, le plus souvent, simplement de la peur d’anciens élèves, eux-mêmes en échec scolaire et l’institution ne prend pas le temps de les associer. Or, l’implication des parents est essentielle pour la réussite scolaire. 
C’est le même pragmatisme, issu des universités populaires d’ATD, qui a permis de lancer l’idée des territoires zéro chômeur de longue durée. En partant du principe qu’il vaut mieux payer quelqu’un à travailler qu’à ne rien faire et que tout le monde dispose de compétences. « L’évaluation de ces expériences peut tenir dans des chiffres de retour à l’emploi mais il faut surtout regarder comment change le visage et le comportement des personnes qui, grâce à TZCLD ont retrouvé un emploi stable. » 
La présidente d’ATD a profité de cette carte blanche pour lancer une mise en garde à propos du projet de Revenu Universel d’Activité (RUA) actuellement en gestation. Promesse électorale du candidat Macron pour faire croire qu’il s’intéresse aux plus pauvres, personne, dans les cabinets ministériels ne sait à quoi pourra ressembler le RUA. Pour Claire Hédon, la parole des exclus doit absolument être entendue sur un projet comme celui-ci. Surtout, quand on connaît les résultats catastrophiques de l’Universal credit qui a été mis en place en Grande-Bretagne et qui a encore plus précarisé les pauvres. 
On évoque, par exemple, la possibilité de fondre les APL dans ce RUA. « Mais, lorsqu’on ne dispose que d’un budget de quelques centaines d’euros on est contraint de faire des choix et le loyer est rarement prioritaire par rapport à l’alimentation ou la santé. Donc, alors que les APL permettaient de payer les loyers, on risque de voir exploser le nombre d’impayés et ensuite d’expulsions », a prévenu Claire Hédon.
 
Article publié dans le Cap Finistère n°1292 du 13 décembre 2019



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