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jeudi 3 décembre
Santé : les professionnels au bout du rouleau

 Un sondage de « 360 médics », publié récemment, montre que les professionnels de santé souffrent de plus en plus de surmenage et considèrent leurs conditions de travail insatisfaisantes, en particulier dans notre région. Edern Perennoù, nouveau président du Conseil de l’ordre des infirmiers de Bretagne, nous alerte sur un phénomène qui pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Cap Finistère : Comment expliquer la mauvaise place qu’occupe la Bretagne dans ce sondage ?
Edern Perennoù : Ces résultats nous ont interpellés et nous cherchons à les expliquer. La Bretagne est, avec le Pays basque, une des régions où les infirmiers sont les plus nombreux. D’où une pression accrue de la part de certains établissements qui n’hésitent pas à en jouer et à en demander plus au personnel soignant en prenant comme argument : « il ne sera pas compliqué de vous remplacer si vous n’acceptez pas vos conditions de travail ». C’est là une des explications que nous pouvons avancer compte tenu de certaines situations que nous avons pu constater dans certaines structures. Mais il nous faudra regarder de plus près pour comprendre cette spécificité.

Cap Finistère : Quelles sont les professions les plus touchées ? Edern Perennoù : Toutes le sont, d’une certaine façon, car tous les professionnels de santé doivent répondre aux mêmes injonctions de la part des organismes financeurs : justifier le moindre geste, la moindre seconde passée avec un patient. Et n’accomplir que des gestes mesurables. C’est cette déshumanisation qui explique le blues des infirmiers ou des aide-soignants qui n’ont plus le temps de faire connaissance ou de chercher à comprendre leurs patients. D’autant que tout est fait, en établissement, pour réduire le temps d’hospitalisation. Or, pour nous, la prise en soins d’un patient commence à partir du moment où nous entrons dans la pièce où se trouve le patient en lui disant « bonjour » et s’achève lorsque nous sortons et lui disons « au revoir ». Mais, comme tout est minuté et contrôlé, nous n’avons même plus le temps de nous enquérir de son humeur. Pourtant, le relationnel peut représenter 80 % de notre travail. À cela il faut ajouter de sérieux changements dans les conditions de travail ou plutôt des glissements qui conduisent les professionnels à ne plus se sentir reconnus dans leur activité.

Cap Finistère : Faut-il craindre des répercussions pour les malades ?
Edern Perennoù : Comment peut-on prendre soin des gens quand on ne se sent, soi-même, pas bien ? Par principe, lorsque le personnel médical (médecins) et paramédical (aide-soignants et infirmiers) n’a pas le temps de s’occuper des patients, il y a des répercussions sur la manière dont ils sont pris en soins. Un soignant stressé soigne évidemment moins bien qu’un soignant détendu, qui a le temps d’être en empathie avec son patient. Je veux juste citer une anecdote pour montrer l’état d’esprit des personnels de santé. Le soir de l’attaque de Chérif Chekatt à Strasbourg, des infirmiers et aide-soignants ont, spontanément, repris leur service à l’hôpital sans être rappelés. Ça en dit long sur la mentalité des milliers d’hommes et de femmes qui ont choisi, par vocation, d’aider les autres, au risque de ne pas assez prendre soin d’eux.

Cap Finistère : Quelles sont pour vous les mesures les plus urgentes à prendre ? 
Edern Perennoù : Il faut donner du temps au personnel soignant pour qu’il puisse s’occuper dignement des malades. On n’échappera pas à des créations de postes et à des revalorisations salariales. En voulant faire des économies à court terme, les différents ministres de la santé qui se sont succédés depuis une quinzaine d’années, ont juste repoussé le problème. Car maintenant, il va falloir prendre soin des patients, mais aussi du personnel soignant. Les statistiques concernant les carrières médicales sont alarmantes. En moyenne, une carrière d’infirmier ne dure que douze ans. Il n’est plus rare de voir des tout jeunes diplômés se reconvertir au bout de quelques mois car les conditions de travail ne correspondent pas à ce qu’ils attendaient. Un infirmier débutant, après trois ans d’études gagne 1 450 euros net, indiciaire, s’il travaille à l’hôpital. Dans certains établissements associatifs, ça peut être 1 280 euros. Enfin, il me semble, et je le dis depuis des années : le conseil de l’ordre des infirmiers et les organisations syndicales sont complémentaires et doivent s’entendre et travailler main dans la main, dans les champs de compétences qui sont les nôtres : la pratique professionnelle, le respect de la déontologie, pour nous et les conditions de travail et les rémunérations, pour eux.




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