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vendredi 14 août
Retrouver le gout de servir l’Etat
 
De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le pantouflage de hauts fonctionnaires, le poids des réseaux dans les nominations. Alors que Frédéric Thiriez vient de remettre au premier ministre un rapport visant à démocratiser l’accès à l’ENA, Marylise Lebranchu, qui avait également avancé des propositions pour réformer le fonctionnement de cette grande école, appelle à une nouvelle éthique dans la Haute fonction publique.

 

Cap Finistère : Penses-tu que le macronisme a amplifié le pantouflage ?
Marylise Lebranchu : Ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Mais Emmanuel Macron appartient à cette génération de hauts-fonctionnaires qui font des allers/retours entre la fonction publique et le privé et qui rêvent de toucher les salaires des chefs d’entreprise du CAC 40. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que les amis d’Emmanuel Macron ne mettent pas en avant son action en tant que haut fonctionnaire mais célèbrent toujours son passage à la banque Rothschild.

 

Cap Finistère : Le Grand débat a mis en évidence un divorce entre les Français et leurs dirigeants. Penses-tu que le rapport Thiriez apporte des réponses ?
Marylise Lebranchu : Il faut distinguer plusieurs enjeux. D’abord, l’origine des énarques. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire science Po Paris ou l’ENA. Et pas uniquement pour des raisons matérielles. Ce n’est pas un chemin de vie qu’on trouve communément exprimé dans la moyenne des Français. 
Pourquoi l’origine est-elle un problème ? Parce que ce sont des gens qui ont eu souvent la chance de ne pas avoir subi d’accidents de vie, au sein de familles qui n’avait de difficultés, moralement ou matériellement. Ils ont vécu une enfance et une jeunesse protégée et après, parce qu’ils sont passés par les bonnes écoles sont à nouveau protégés. Le passage par l’ENA est comme un tampon indélébile qui garantit, à vie, une carrière intéressante. Il n’y a pas de remise en cause. C’est pour cette raison que la culture dominante, à Bercy, quels que soient les ministres, reste très libérale. Avec le système du classement, on arrive à des situations ubuesques : de jeunes énarques qui n’ont jamais travaillé de leur vie se retrouvent à inspecter des directeurs d’administrations qui ont parfois des dizaines d’années de carrière, sans avoir jamais rien dirigé eux-mêmes. C’est pour remédier à cette anomalie que j’avais proposé, sans remettre en cause le principe qui permet aux mieux classés de choisir leur affectation, qu’il ne soit plus possible de participer à des contrôles sans avoir travaillé, au moins cinq ans, dans une administration. Tous les grands corps se sont mobilisés pour tuer ce projet.
Le pantouflage est un autre enjeu. Ceux qui mènent les réformes à Bercy sont ceux qui rêvent de devenir patrons de grands groupes avec des niveaux de revenu qui sont devenus insupportables. Il faut dire stop à ce microcosme. Pour cela, il est indispensable de revenir à des salaires décents dans les entreprises publiques et surtout de remettre de l’éthique au plus haut sommet de l’État. Par exemple, en exigeant des pantoufleurs qu’il s’engagent à travailler un minimum de temps au service de l’État, ou, s’ils vont dans le privé, qu’ils remboursent le coût de leurs études comme c’était le cas, auparavant, pour les élèves qui sortaient de l’école normale.

 

Cap Finistère : Penses-tu que les mesures proposées par le rapport Thiriez seront mises en application ?
Marylise Lebranchu : J’ai pu constater les très fortes résistances que peuvent susciter la moindre tentative de réforme et j’ai dû ranger mon projet. Je ne sais pas quel destin aura ce rapport mais il existe une grande différence : pour ma part, j’avais, en accord avec le Président Hollande, pris l’initiative. Mais le candidat Hollande n’avait pris aucun engagement sur ce sujet pendant sa campagne électorale. Aujourd’hui, Emmanuel Macron, lui, s’est engagé à prendre des mesures.

 

Cap Finistère : Pour toi, quelle est l’urgence pour un retour de la confiance ?
Marylise Lebranchu : Il faut retrouver l’esprit des grands serviteurs de l’État qui faisaient toute leur carrière avec pour seule ambition de servir la République. Nous avons de très bons hauts fonctionnaires qui restent au service de l’État et ont un engagement républicain irréprochable. Mais, sur le terrain, ils pâtissent de l’image de quelques-uns. Il faut donc des règles claires, à la fois, en matière de pantouflage mais aussi de rémunérations. 
Mais c’est aussi une question d’état d’esprit. N’importe quel grand patron peut être décoré, quel que soit son bilan social. Mais, j’ai moi-même pu constater que des fonctionnaires de catégories B ou C, qui avaient pourtant réalisé un travail admirable au service de leurs concitoyens, n’étaient même pas retenus.

 

Article publié dans le Cap Finistère n°1301 du 28 février 2020
 
 
 
 



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