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mercredi 11 décembre
Repenser le maintien de l’ordre
La journée du 8 décembre fera date dans l’histoire du Maintien de l’Ordre (MO) en France. Notre pays doit rapidement s’adapter, estime Guillaume Farde, maître de conférences à Sciences Po, chef du pôle sécurité intérieure du Think Tank l’Hétairie
 
Cap Finistère : Quelle est la doctrine du Maintien de l’Ordre à la française ? Et est-elle fondamentalement différente de celle de nos voisins ? 
Guillaume Farde : Elle s’est forgée tout au long de la Ve République. Cette doctrine a été théorisée avant les événements de mai 1968 puis n’a eu de cesse de s’adapter jusqu’à aujourd’hui. Deux principes clés se dégagent néanmoins. Premièrement, la mise à distance : le contact doit être minimal entre les forces de l’ordre et les manifestants. Deuxièmement, la gradation des moyens employés, proportionnellement à la violence constatée. La conjonction de ces deux principes est supposée éviter les blessures chez les manifestants comme chez les forces de l’ordre. 
Elle est assez différente de la doctrine allemande, qui s’appuie sur des unités de MO plus mobiles, utilisées pour charger les foules, ce qui entraîne nécessairement plus de blessés. Ces unités dissuadent, cependant, davantage les foules et accélèrent leur dispersion. 
Le choix de doctrine est politique. Celui de la France est de préserver l’intégrité physique des personnes. 
Cap Finistère : Quelles sont pour vous les mesures les plus urgentes à mettre en oeuvre ? 
Guillaume Farde : Le ministère de l’Intérieur pourrait commencer sinon, par les plus urgentes, à tout le moins par les plus simples. Par exemple, la communication en amont et pendant les manifestations, pour délivrer des informations en continu tant aux manifestants qu’aux riverains et aux citoyens, me semble à la fois essentielle au regard des événements récents et matériellement assez faciles à organiser. Cette communication peut passer non seulement par la diffusion de messages sur les réseaux sociaux, mais aussi par le recours à des hauts parleurs puissants, voire à des panneaux de signalisation. 
À moyen terme, nous préconisons dans la note publiée par l’Hétairie, de compenser l’inégalité territoriale qui existe entre Paris et les régions. Les événements récents montrent que dès que la plaque parisienne connaît des événements durs, elle y concentre toutes ses unités de forces mobiles laissant ainsi les préfets des départements, notamment ruraux, dans l’impossibilité de sécuriser convenablement des manifestations. Nous préconisons donc à la fois d’augmenter les recrutements de CRS et de gendarmes mobiles et de former des policiers et des gendarmes, dans les territoires, au maintien de l’ordre public, pour disposer d’une force théorique d’appoint, immédiatement mobilisable. 
Cap Finistère : Un effort budgétaire pour le recrutement et l’équipement des forces de l’ordre vous paraît nécessaire ? 
Guillaume Farde : Absolument nécessaire ! La RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) menée par Nicolas Sarkozy a conduit à la suppression de 2 000 postes de CRS et à la suppression de 15 escadrons de Gendarmerie mobile. Malgré la création de 22 pelotons de Gendarmerie mobile par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, ces efforts de recrutement doivent être poursuivis. 
Dès décembre 2017, j’avais, dans une note publiée par l’Hétairie, alerté le ministre de l’Intérieur sur le creusement des écarts entre les dépenses de personnels et les dépenses d’équipements. J’y soulignais, notamment, la vétusté de certains matériels. Aujourd’hui, nous engageons des Véhicules Blindés à Roues de la Gendarmerie (VBRG) qui ont 45 ans d’âge. De ce point de vue, la politique budgétaire de Gérard Collomb aura été un échec. 
Cap Finistère : Vous écartez cette hypothèse, mais face à des casseurs qui ne cherchent que l’affrontement, l’interdiction de manifestation, comme pour les hooligans pendant des matchs de foot, ne constitue-t-elle pas une solution pour des individus déjà condamnés ? 
Guillaume Farde : Il faut distinguer l’interdiction de paraître qui est individuelle de l’interdiction de manifester qui est collective. Je n’ai aucune hostilité envers l’assignation à résidence d’individus connus pour des faits de violence dès lors qu’il s’agit de mesures judiciaires et non de mesures de police administrative. L’esprit de nos institutions commande que le juge judiciaire reste le garant des libertés individuelles. Quant à l’interdiction de manifester, si elle résulte d’une incapacité d’en assurer la sécurité, elle matérialise un échec, certainement pas des forces de l’ordre, mais bien de la démocratie. En démocratie, la liberté de manifester doit rester la règle et l’interdiction l’exception.
 
Article publié dans le Cap Finistère n°1251 du 14 décembre 2018
 
 



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