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mercredi 19 juin
Parcoursup, la réforme de l’accès à l’université

Texte publié dans le cahier de vacances 2018

La nouvelle plateforme Parcoursup, sur laquelle les futurs bacheliers doivent saisir leurs vœux d’orientation dans l’enseignement supérieur, vient remplacer le logiciel Admission Post-Bac (APB). La procédure est chamboulée : 10 vœux seulement (24 auparavant), rédaction pour chaque vœu d’un "projet de formation", puis examen par les responsables de formation de chaque candidature au regard des "attendus" qu’ils ont formulés. Près de quinze jours après la délivrance des premiers résultats et à deux semaines du baccalauréat, un tiers des candidats n’ont toujours pas d’affectation pour la rentrée prochaine.

 

Le système Parcoursup est-il meilleur que le système APB ?

 

Le « scandale » du tirage au sort dans le système APB a largement servi de fondement et de justification à la mise en place du dispositif Parcoursup. Il faut d’emblée souligner la part d’instrumentalisation de cet argument, dès lors que le tirage au sort, aussi problématique et injustifiable qu’il soit, n’a concerné que 0,4% des affectations dans l’enseignement supérieur en 2017. De plus, APB ne posait aucun problème dans de nombreuses universités de « province ». Cette loi est totalement disproportionnée par rapport à un problème bien localisé sur certaines filières (comme la filière des STAPS par exemple).

 

Parcoursup ne corrige pas l’injustice du tirage au sort

 

Dans des filières fréquemment confrontées à la nécessité de retenir environ 10% des candidatures, le « classement » qu’il est demandé aux universités de réaliser aboutit à tout mettre en chiffres afin d’intégrer les appréciations qualitatives dans les algorithmes de classement : tel type d’appréciation « vaut » un 15/20, tel autre un 10/20… ; telle filière va privilégier les notes dites « littéraires », telle autre les notes dites « scientifiques ». Mais cette mise en chiffres, sur de tels volumes (800 000 étudiants), ne suffit pas : il faut encore départager les très nombreux ex aequo puisque Parcoursup est conçu de telle façon qu’on ne peut pas introduire des ex aequo. Pour aboutir à un classement opératoire, il est nécessaire de descendre jusqu’au troisième chiffre après la virgule ! Si la seule différence entre un étudiant admis et un étudiant recalé tient à un millième de point sur une « moyenne » (ex : 15,495 contre 15,493), n’aboutit-on pas à un système aussi injuste et plus trompeur que le tirage au sort ?

 

Parcoursup, une sélection qui ne dit pas son nom

 

Un certain nombre d’établissements mettent en place des attendus locaux, et pas seulement dans les disciplines en tension, pour sélectionner et choisir les étudiants. Cette sélection est permise du fait de la grande opacité des critères utilisés par les universités pour trier les candidats. En effet, elles ne sont pas obligées de communiquer leurs critères de tri. Elles pondèrent donc les informations fournies en fonction de coefficients librement choisis pour aboutir à un total de points qui permet de classer les candidats. Résultat : pour un même premier cycle universitaire, on peut observer des « attendus » exagérément différents d’une université à une autre. Certaines PACES (première année du premier cycle des études de santé), par exemple, exigent la possession du brevet de secourisme, d’autres pas. Pour les licences scientifiques, il est parfois exigé de préparer un bac S, mais ce n’est pas systématique. Certaines licences de droit affichent des « attendus » très dissuasifs pour les bacheliers technologiques et professionnels, quand d’autres ne font pas de ce point un critère de sélection… Même pour les filières qui ne sont pas sous tension, les universités ne retiennent que certains éléments considérés comme étant les plus significatifs : série du baccalauréat, notes, réputation du lycée d’origine... Le comportement des élèves fait également l’objet de point bonus. Pour départager des élèves qui ont des notes similaires, le risque est que les universités n’attribuent pas de points bonus pour les redoublants. Cette pratique est possible puisque les redoublants sont marqués par une lettre. Dans le même temps, les candidats qui n’ont obtenu que des refus via la première session perdent la possibilité de choisir leur filière eux -mêmes. A date, 29 000 élèves ont été refusés partout…

 

Un risque de discrimination des lycéens de banlieue

 

Des syndicats d’enseignants en zones d’éducation prioritaires dénoncent le fait que leurs élèves obtiennent moins souvent de réponses favorables en comparaison à la moyenne nationale. Pour appuyer leur propos, ils ont listé les lycées et classes de banlieue où l’on constate une réelle différence entre ces dernières et les classes parisiennes. Même son de cloche pour Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, qui s’inquiète des réponses négatives ou des réponses d’attentes très nombreuses dans son département. Pour Julie Le Mazier, membre de Sud Education et professeure dans le Val d’Oise, « les bons élèves des classes des quartiers défavorisés n’ont pas de résultat, cela montre bien qu’il y a une discrimination soit par origine de ville, soit par lycée d’origine. » Le ministère de l’enseignement supérieur dément toute discrimination, mais refuse de communiquer les chiffres par territoire, qui permettraient d’en avoir le cœur net…

Une concurrence généralisée

La réforme de l’accès à l’université entraîne une concurrence généralisée entre les élèves d’abord, entre les universités ensuite. En effet, à supposer même que les bacheliers aient tous une place, ils n’auront de place que là où quelqu’un aura décidé qu’ils pourraient être admis. Sans compter que Parcoursup a été pensé en maintenant la dualité de formations démocratiques et ouvertes à tous (principalement les universités) contre grandes écoles qui sélectionnent de longue date. C’est donc sur l’université essentiellement que pèse l’accroissement de la démographie étudiante. Conséquence inéluctable du classement des élèves par Parcoursup, le dispositif conduit à un classement des universités et des filières au sein de ces universités dès la 1ère année. Certes, les hiérarchies des filières existent déjà mais elles prennent le plus souvent place en 4ème et 5ème années, après que l’étudiant a pu faire ses preuves dans une discipline nouvelle et qu’il a pu mûrir un projet d’avenir. Dans les prochaines années, on va donc assister à un jeu de concurrence entre les établissements. Des stratégies de différenciation se mettent déjà en œuvre grâce à Parcoursup, ce qui aboutit à terme à l’instauration d’universités dont la réputation est bonne, composées de bons élèves, et d’universités à la réputation moins bonne, accueillant des élèves moins bons. On assiste alors à la transposition dans l’enseignement supérieur des travers de la concurrence entre lycées que l’on voit dans de nombreuses régions.

 

Les moyens supplémentaires pour mettre en œuvre cette réforme sont très insuffisants

 

Le gouvernement défend sa loi en invoquant une politique d’orientation destinée à pallier les échecs en premier cycle, notamment par des enseignements de remise à niveau que chaque université devra concevoir et proposer aux étudiants ayant reçu un « oui si ». Malheureusement, le gouvernement donne des moyens très insuffisants pour mettre en place les cours de mise à niveau, dont il annonce unilatéralement la mise en place. Le gouvernement a annoncé une rallonge de 33 millions d’euros pour la création de places supplémentaires pour 2018 et 2019 et précisé que « 19 000 places auront ainsi été identifiées et financées pour accueillir davantage d’étudiants dans les formations du premier cycle à la rentrée », sans préciser si ce financement sera pérenne. Pour comprendre ce chiffre, il faut faire un calcul : 33 millions d’euros, à 11 000 euros l’année universitaire, cela fait environ 3000 places réellement financées, soit 15% des 19 000 places annoncées. Les universités n’auront pas les moyens de mettre en place tous les dispositifs de remise à niveau qu’il conviendrait de créer, notamment la création d’une « année préparatoire » ou d’une « première année de licence étalée sur deux ans » qui coûtent très cher.

Parcoursup, avant tout une question budgétaire

 

Le système APB a révélé l’impossibilité d’accueillir tous les étudiants, faute de place et de moyens. En 2017, le ministère a reconnu que 87 000 demandes d’inscription n’étaient pas satisfaites, soit plus du quart total des nouveaux entrants à l’université en 2016. Cette réforme est avant tout une affaire budgétaire : l’histoire des capacités d’accueil de l’université, présentées comme l’argument imparable pour faire le tri, est simplement un argument bureaucratique pour limiter les dépenses. En effet, l’année 2018-2019 correspond au babyboom de l’an 2000 et se traduit par un pic démographique prévisible depuis longtemps, tout en sachant que l’accroissement de la démographie étudiante est essentiellement supporté par les universités. Cette explosion démographique va se tasser. Le gouvernement le sait et préfère attendre que l’effet du baby-boom s’atténue plutôt que de mettre les moyens nécessaires pour former tous les étudiants. Par ce calcul purement budgétaire, l’Etat sacrifie une génération d’étudiants.

Un peu de philosophie politique : quel est le meilleur système d’enseignement supérieur ?

Parcoursup pose une vraie question quant à savoir si le baccalauréat reste le seul critère pour accéder à l’enseignement supérieur. N’est-ce pas l’essentiel ? Certains élèves, pas épanouis au lycée, se réalisent en venant à l’université quand d’autres, très bons élèves dans le secondaire, se retrouvent en difficulté car ils ne savent pas travailler de manière autonome. Partant de ce constat, serait-il vain d’accueillir davantage d’étudiants à l’université dès lors qu’ils n’ont pas le niveau ? La finalité des universités n’est-elle pas d’éduquer et de former ? D’élever le niveau de ceux qui ne l’ont pas (encore) ? Ou s’agit-il seulement de dispenser des cours à ceux qui n’ont aucun problème et qui ont la chance d’avoir le niveau ? Qui prétendrait, à notre époque, avoir trouvé son chemin à 17 ans comme l’impose Parcoursup ? Faut-il rappeler que le droit, la psychologie, la sociologie… sont des matières qui ne sont pas ou peu enseignées au lycée ? L’université est un formidable révélateur de talents, un lieu où s’expérimente l’autonomie, où se développe l’esprit critique. Bon nombre d’étudiants qui ont fait des études brillantes à l’université n’étaient pas des élèves remarquables dans le secondaire et n’ont pas obtenu une bonne mention au baccalauréat. Auraient-ils été retenus si la sélection s’était appliquée alors ? Si la situation avait été différente il y a quelques années, bon nombre des personnes qui mettent en place aujourd’hui des attendus locaux n’auraient pas pu accéder à l’université… Aujourd’hui, le baccalauréat conserve encore sa vertu d’offrir à celles et ceux qui l’ont décroché d’être « blanchis » de leur scolarité antérieure et d’arriver les compteurs à zéro, pour un nouvel enseignement, sans qu’il y ait de hiérarchies trop marquées entre les facultés. Demain, si Parcoursup n’est pas abandonné, elles participeront pleinement aux inégalités entre jeunes, et le droit à une seconde chance, après le bac, deviendra de plus en plus illusoire.

 

En résumé :

Alors qu’APB visait d’abord à satisfaire les vœux des candidats avec le baccalauréat pour seul critère, Parcoursup vise en premier lieu à permettre aux formations de choisir leurs étudiants en fonction de critères secrètement choisis. Ce nouveau pouvoir met de fait les formations en concurrence pour obtenir les meilleurs candidats. Ces meilleurs candidats conduisent mécaniquement à une meilleure attractivité de la formation, qui elle-même conduit à une concurrence accrue entre les candidats pour obtenir ladite formation… De plus, le gouvernement forge un dispositif appuyé sur une rhétorique de la « responsabilisation » qui voudrait que chaque élève de 17 ans soit en mesure d’avoir un projet professionnel ainsi qu’une idée claire du type d’orientation académique qui y correspond, tout en interdisant, via Parcoursup, auxdits élèves de hiérarchiser leurs vœux. Historiquement, chaque société a besoin d’un grand récit pour justifier ses inégalités. Dans les sociétés contemporaines, il s’agit du récit méritocratique (nous le constatons depuis un an avec les propos tenus par E. Macron) : l’inégalité moderne est juste, car elle découle d’un processus librement choisi où chacun a les mêmes chances. Le problème est qu’il existe un gouffre béant entre les proclamations méritocratiques officielles et la réalité, à l’heure où l’héritage familial joue un rôle considérable sur l’accroissement des inégalités sociales. Pour contrer le risque évident de dérive inégalitaire et d’hyper-stratification universitaire d’un tel système, il faut d’abord que les moyens investis permettent à chaque bachelier d’avoir accès à une formation de qualité. Le système universitaire mérite bien mieux qu’un fonctionnement où chaque étudiant est avant tout vu comme un coût avant d’être une valeur. Le gouvernement Philippe, sous l’impulsion du président Macron, aurait dû, plutôt que de se consacrer à la baisse des impôts des plus aisés, investir pour les étudiants d’aujourd’hui et de demain. Les 5 milliards d’euros de cadeaux aux plus riches auraient permis d’augmenter de 40 % l’investissement public et éviter ainsi que la génération accédant à l’université via Parcoursup soit une génération sacrifiée. Augmenter le budget de l’éducation supérieur est d’autant plus urgent que le système français se caractérise par un dualisme particulièrement extrême et hypocrite : d’un côté, des filières sélectives richement dotées (classes préparatoires et grandes écoles), et de l’autre, des universités laissées à l’abandon, et dans lesquelles il faudrait investir massivement. Aujourd’hui, l’université, en dépit de sa sous-dotation et d’un taux d’échec important à la fin de la première année que seule une authentique politique d’orientation post bac pourrait atténuer, permet à certaines et certains de découvrir, après une scolarité parfois chaotique ou tout simplement moyenne, une vocation, un intérêt, dans un établissement qui délivre un diplôme équivalent à n’importe quel autre établissement. Naturellement, la sélection à l’université existe (classements selon les résultats, redoublements) mais elle n’est pas subie par des jeunes à peine majeurs qui n’ont parfois aucune idée de la formation qu’ils demandent. En résumé, le baccalauréat n’est plus le passeport pour l’enseignement supérieur. Avec Parcoursup, il y a l’abandon de l’ambition républicaine d’une université pour tous. La priorité n’est plus donnée à la démocratisation de l’enseignement supérieur. Parcoursup, loin de réduire les inégalités sociales, les renforce en opérant une rupture dans l’égalité républicaine entre les candidats à l’enseignement supérieur.

 

 

 




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