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mercredi 5 août
Michel Rocard
Michel Rocard, par-ci, Michel Rocard par-là…Tout le monde cite ou en appelle à l’ancien premier ministre. Accueillir des réfugiés ? On ne peut pas puisque même Michel Rocard disait qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, disent certains, oubliant sciemment de citer toute la phrase qui se terminait par « mais elle doit en prendre toute sa part ». Le 49.3 ? Pourquoi se gêner puisque Michel Rocard a été le premier ministre qui l’a dégainé le plus souvent. Mais dans un contexte parlementaire bien particulier. Avec « Michel Rocard » (éditions Perrin) Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférences en Histoire contemporaine à Paris Est Créteil, revient sur la vie et l’œuvre de celui qui a toujours vécu pour la politique mais qui, contrairement à d’autres, était plus brillant dans l’exercice du pouvoir que dans sa conquête. 

 

Cap Finistère : De quelles sources disposiez-vous pour rédiger cette biographie ?
Pierre-Emmanuel Guigo : La dernière biographie de Michel Rocard, publiée par Jean-Louis Andréani datait déjà de 1994. Donc, toute la période durant laquelle il siégea au Parlement européen et la fin de sa vie, comme ambassadeur des Pôles, n’était pas évoquée. De plus, son enfance et sa jeunesse étaient assez peu étudiées. À la fin de sa vie, j’ai aidé Michel Rocard à mettre de l’ordre dans ses archives et c’est ainsi que j’ai eu accès à des sources inédites comme ses carnets qui couvrent une période qui s’étend des années 70 au début des années 90, soit ses activités de député, de ministre et même de premier ministre. J’ai, en outre, rencontré plusieurs témoins qui l’ont côtoyé à l’UNEF, au PSU ou au PS, ainsi que des membres de sa famille. 

 

Cap Finistère : Aujourd’hui, tout le monde est rocardien. Édouard Philippe convoque même sa mémoire pour justifier sa motion de censure destinée à faire passer, sans débat, la réforme des retraites.
Pierre-Emmanuel Guigo : Michel Rocard a été l’un des premiers à expliquer qu’il fallait réformer le système des retraites. Il a d’ailleurs été à l’origine du Livre blanc publié en 1991 et on peut dire, en le relisant, qu’il fut visionnaire. Le système à points est d’inspiration suédoise et a été soutenu par la CFDT, donc on peut le considérer comme d’inspiration deuxième gauche. Cependant, sur la forme, Michel Rocard a toujours insisté sur l’importance du dialogue, avec l’ensemble des forces vives du pays. C’est d’ailleurs un élément qui ressort de ses carnets, écrits alors qu’il était à Matignon : Michel Rocard recevait, quasiment toutes les semaines, les dirigeants des principales centrales syndicales. Même Marc Blondel et Henri Krazucki qui n’étaient pas, a priori, des soutiens. En matière de dialogue social, la méthode adoptée par le gouvernement d’Édouard Philippe s’apparente plus à du Sarkozy qu’à du Rocard. Oui, Michel Rocard a eu recours au 49.3, à plusieurs reprises, lorsqu’il était à Matignon. Mais il faut rappeler qu’il fut l’un des rares premiers ministres à ne pas disposer de majorité absolue, ce qui est loin d’être le cas d’Édouard Philippe. Le contexte était tout à fait différent. Michel Rocard a toujours pris le temps d’expliquer ses réformes. Il n’a jamais cherché à accélérer le processus législatif. Sur le fond, l’évolution de la situation économique et sociale interdit toute comparaison entre la période du Livre blanc et aujourd’hui. Tout le monde se réclame de Michel Rocard mais il faut le considérer dans sa globalité. Oui, il mena une politique budgétaire rigoureuse parce qu’il voulait maintenir la croissance et lutter contre l’inflation et, en ce sens, le gouvernement actuel peut s’en réclamer. Mais il fut aussi le créateur du RMI et on ne peut pas mettre de côté la dimension sociale de Michel Rocard, en particulier à la fin de sa vie lorsqu’il appelait à rompre avec les politiques néo-libérales engagées depuis les années 80. Il n’y a pas de contradictions. Cependant, il y a une complexité qui fait qu’on peut se réclamer de lui, sans que ce soit totalement faux, mais, et c’est ce que j’essaye de faire avec cette biographie, il faut toujours replacer ses déclarations et ses actions dans leur contexte. 

 

Cap Finistère : Reste-t-il encore des zones d’ombre dans la vie de Michel Rocard ?
Pierre Emmanuel Guigo : On connaît assez bien toute la période durant laquelle il était au PS. En revanche, il reste encore des aspects à approfondir comme son action pendant la guerre d’Algérie ou à la direction du PSU ou encore tout ce qui concerne l’Europe et l’évolution de son point de vue. En effet, Michel Rocard a parfois pris des positions à contre-courant, notamment lorsque dans les années 90, il prônait le départ du RoyaumeUni ou l’adhésion de la Turquie.
 



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