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mardi 23 avril
Les socialistes finistériens dans la résistance

La Bretagne fut une terre de résistance : dès le mois de juin 1940, une grande partie des pêcheurs de l'île de Sein rejoignirent l'Angleterre pour entamer une guerre de plus de 4 ans contre l'occupant. Dans les mouvements de résistance qui se sont mis en place dans notre département, les militants de la SFIO, célèbres ou moins connus, ont joué un rôle actif, parfois de premier plan.

Une région stratégique

La Bretagne, compte tenu de sa proximité avec l'Angleterre, constituait une région importante pour les Allemands : elle devait servir de base avancée au début de la guerre pour lancer l'opération Seelöwe d'invasion de la Grande -Bretagne, puis après 1942, pour faire face au débarquement allié, de plus en plus probable.
De plus, le contrôle de l'Atlantique Nord représentait un enjeu majeur : c'est en effet par là que les Américains acheminaient tout le matériel destiné aux anglais. L'amiral Dönitz avait fait de Brest et Lorient les ports d'attache de ses cuirassés et de ses sous-marins qui semaient la terreur dans les convois maritimes américains.
Jusqu'en 1941, la résistance a du mal à s'organiser. Mais très rapidement, la population bretonne dans sa très grande majorité rejette le régime de Vichy, symbolisé dans le Finistère par H. Budes de Guébriant, leader de l'Office Central de Landerneau et Dorgères, chef des chemises vertes.
Tanguy Prigent et quelques camarades de Morlaix(1) tentent dès 1940 de résister, officiellement, à la Révolution Nationale de Vichy.
Dans leur journal, intitulé "le Bulletin", ils appellent les agriculteurs à refuser la société corporatiste des collaborateurs.

La résistance des leaders de la SFIO…

Le 17 avril 1942, le Bulletin est interdit et le 23 janvier 1943 Tanguy Prigent est révoqué de ses fonctions de maire et de conseiller général. Le journal officiel précise que cette révocation s'explique par le fait que Tanguy Prigent " manifeste de l'hostilité à l'œuvre de rénovation nationale.
"Face au régime de Vichy, il n'est pas possible de s'opposer au grand jour : Tanguy Prigent rentre dans la clandestinité au début de 1943. Il se réfugie (2) à Guingamp chez Yves Avyel, élu SFIO comme lui.
Le futur ministre de l'agriculture organise le réseau Libé Nord. En 1943, ce mouvement mène des opérations de propagande, de noyautage de l'administration et d'aide aux réfractaires du service du travail obligatoire (STO).En effet, le STO est massivement refusé. En janvier 1943, les Allemands exigent que 250 000 travailleurs français aillent travailler en Allemagne : tous les jeunes nés en 1920 ou 1922 doivent, théoriquement, passer 2 ans dans les usines outre Rhin.
Dispensés dans un premier temps, les enfants d'agriculteurs, les inscrits maritimes et les étudiants sursitaires sont, à l'été 43, concernés par le STO.Cette décision jeta des centaines de jeunes dans la clandestinité
.Le 15 mars, des manifestations se déroulent à Brest et Quimper, à l'occasion des premiers départs.
Libé Nord, aide et héberge les réfractaires au STO mais organise aussi le noyautage de l'administration : 1 jeune sur 2 ne se fait pas recenser dans le Finistère et il y avait 75 % d'inaptes à Brest et Morlaix !Le 14 janvier 1944, les bureaux de Quimper du STO ont été mis à sac. Grâce à cette action menée par deux groupes de résistants d'Ergué Gabéric et de Quimper, 44 000 dossiers de jeunes finistériens astreints au travail obligatoire ont été détruits et brulé dans le four d'une boulangerie à Ergué Gabéric.

… et des militants anonymes

Mais la résistance n'est pas que le fait de réseaux organisés. Dans tout le Finistère, des centaines de militants de la SFIO, sur leur lieu de travail, contribuent à affaiblir et à désorganiser l'occupation allemande.
Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, André Moreau, cheminot à Quimper, a participé à de nombreuses actions de sabotages : " Les cheminots étaient très solidaires. Lors des événements de Villeneuve d'Ascq, où des camarades avaient été emprisonnés, nous faisions des souscriptions pour aider les familles du Nord, au nez et à la barbe des Allemands pourtant omniprésents à la gare !"A cause de sa position stratégique, le transport ferroviaire était très important pour les Allemands en Bretagne : pour y acheminer des troupes en cas de débarquement mais aussi pour transporter les matériaux nécessaires à la construction du "Mur de l'Atlantique".
Les Allemands chargeaient le sable de Treguennec sur des trains en partance pour Brest afin de construire des blockhaus et de renforcer les protections du port. " Ils avaient ouvert une ligne entre Pont L'abbé et Tréguennec" se souvient André Moreau " et construit une gare de croisement à Pont Quéau et Quéménéven."" C'est entre Quimper et Pont Quéau qu'il y avait le plus de sabotages ( vers le pont noir ) Dans notre local nous avions un poste qui nous permettait de recueillir les informations. Dès l'annonce d'un déraillement, nous partions constater les dégâts et bien sûr nous faisions durer les réparations le plus longtemps possible." Francis Mahé, né à Pont Aven en 1914 et décédé le 28 décembre 1999 à Névez fut lui aussi socialiste et résistant.
Menuisier à Névez, il est mobilisé en 1939. Fait prisonnier par les Allemands, il parvient à s'enfuir et entre dans la clandestinité. Il est contacté par les résistants de Bannalec et monte le réseau Vengeance dans sa commune.
En juillet 1944, il échappe de justesse à une rafle : vivant dans une maison à l'entrée du bourg, il parvient à prendre la fuite avant que les Allemands ne fouillent son domicile. Ses camarades furent capturés et fusillés à Kerfany.
Jean Nerriec, né à Trégunc en 1921 a à peine 20 ans quand la guerre éclate. Pour échapper au STO, il obtient une carte de goëmonier pour l'hiver et l'été travaille sur un thonier dont le patron est résistant. Ils récupèrent des aviateurs anglais, américains ou canadiens et , au large, les déposent sur des navires qui les ramènent en Angleterre : souvent le thonier fut fouillé par la marine allemande, mais elle ne trouva jamais rien.
Il ne s'agit là que de quelques exemples. Mais dans tout le Finistère, des centaines de socialistes ont, durant la guerre participé aux activités de la Résistance et ainsi contribué à la victoire.


(1) Jean Morvan, Henri Hemery et François Charles (2) Sous le pseudonyme de Jacques le Ru




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