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mardi 10 décembre
Le fonds De La Villemarqué est sauvé
Le conseil départemental du Finistère a acquis le fonds d’archives de Théodore Hersart de la Villemarqué. Un geste fort pour préserver des documents originaux permettant de mieux connaître l’œuvre de l’auteur du Barzaz-Breizh nous expliquent Fañch Postic et Nelly Blanchard, spécialistes de son œuvre.
 
Cap Finistère : Comment se fait-il que le fonds De La Villemarqué soit resté si longtemps confiné dans le manoir familial ? Est-ce à cause de la polémique qui a accompagné la publication du Barzaz Breiz ? 
Fañch Postic : Oui, en partie. Théodore Hersart de la Villemarqué est né en 1815 dans une famille noble de la région de Quimperlé. Fin 1833, Il poursuit ses études à Paris. Il a découvert son attrait pour la Bretagne et conforté son intérêt pour la collecte des chants populaires au sein d’une société de Bretons issus de la noblesse ou de la haute bourgeoisie, vivants à Paris et qui, loin de leur pays d’origine, nourrissent une sorte de nostalgie de la Bretagne d’Ancien Régime. 
A 24 ans, en 1839, il publie sa première version du Barzaz Breiz, un recueil de chants populaires bretons. Une deuxième édition sera publiée en 1845 et ce n’est qu’en 1867 que paraît l’édition définitive. C’est surtout à ce moment qu’éclate une vive polémique autour de l’authenticité des chants qu’il présente. 
Nelly Blanchard : Il n’a jamais prétendu publier des documents bruts mais des documents vrais. Or, sa conception même de l’authenticité et de la vérité est romantique. C’est-à-dire qu’il s’agit pour lui de rechercher la vérité au-delà des chants tels qu’il les avait entendus au-delà de la réalité. Il était par conséquent persuadé de faire une œuvre de vérité et d’authenticité. Or, entre la première et la dernière édition, le temps passant, les modes scientifiques et intellectuelles évoluant et les champs disciplinaires se structurant, cette manière d’aborder les collectes ne correspondait plus aux normes de l’époque. D’où la controverse qui a durablement marqué la famille De La Villemarqué. 
Il lui aurait été facile de montrer ses carnets et ses notes pour prouver sa bonne foi. Mais il s’y est toujours refusé et, la légende familiale veut qu’il ait fait promettre à ses héritiers de ne pas ranimer la querelle après sa mort, d’où le souci de ne pas divulguer les archives. Cela montre aussi qu’il n’a jamais vraiment renoncé à sa vision des choses.
 
Cap Finistère : Pourquoi son œuvre est-elle si importante dans l’histoire culturelle bretonne ? 
Fañch Postic : Le Barzaz-Breiz est le premier ouvrage breton à avoir obtenu une audience internationale. Ce texte, qui je le rappelle est une œuvre littéraire élaborée à partir de paroles collectées, ouvre la voie à la littérature orale bretonne. Il s’inscrit dans une tendance qu’on retrouve un peu partout en Europe au même moment, en Allemagne, en Finlande ou en Grande-Bretagne. D’autres érudits avaient déjà collecté des éléments de la culture orale bretonne mais dans une optique de collectionneurs. De la Villemarqué, lui, les retranscrit et les traduit, avec talent pour en faire une œuvre littéraire à part entière et les présente de manière chronologique afin de proposer une histoire de la Bretagne depuis les temps les plus reculés. La controverse n’a pris fin que dans les années 60, avec les travaux de Donatien Laurent qui a eu accès aux carnets de notes et a démontré que si les chants du Barzaz-Breiz avaient été remaniés, il reposaient sur une collecte réelle consignée dans les carnets. Mais en 1839, ils ne pouvaient certainement pas être publiés tels quels.
 
Cap Finistère : De quels documents est constitué le fonds que le Conseil départemental vient d’acquérir ?
Nelly Blanchard : Ce fonds contient les trois carnets de collecte sur lesquels Théodore Hersart de la Villemarqué a consigné les chants qu’il a entendus et les notes qu’il a prises. Mais on y trouve aussi de multiples documents comme des articles de presse et une importante correspondance qu’il a entretenue avec des intellectuels français de l’époque comme Lamartine, George Sand, Mérimée, Sainte-Beuve. Mais aussi des Allemands comme les frères Grimm, ou des Gallois. Or, il était important que ces archives historiques ne soient pas disséminées comme c’est trop souvent le cas. L’acquisition de ce fonds par le Conseil départemental du Finistère permet de le préserver en l’état et d’éviter leur dispersion. 
Cap Finistère : Comment peuvent-elles être valorisées ?
Fañch Postic : Elles ont toutes été numérisées ce qui représente environ 35 000 images. Ensuite, il faut les retranscrire des documents souvent difficiles à lire, les recontextualiser avant de les mettre à la disposition de ceux qu’ils intéressent. En 2021 une exposition leur sera consacrée à La Villemarqué de manière à mieux faire connaitre son œuvre au grand public.
Cap Finistère : Existe-t-il encore des aspects de l’œuvre de Théodore Hersart de la Villemarqué qui n’ont pas encore été étudiés ?
Nelly Blanchard : Comme le disait Fañch, le Barzaz-Breiz n’est qu’un aspect de son œuvre. Mais qui a "écrasé" tout le reste. Or, il a aussi collecté des contes ou travaillé sur l’histoire de la Bretagne médiévale. Il y a donc, dans la foulé de l’ouvrage que nous avons publié en 2016 Au-delà du Barzaz-Breiz, matière, pour des étudiants ou des chercheurs, à travailler sur d’autres aspects de son œuvre. 
 
Article publié dans le Cap Finistère n°1254 du 18 janvier 2019
 
 
 



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