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mardi 10 décembre
La Suède dans l’incertitude
Il est encore difficile de dire qui a gagné les élections du 9 septembre en Suède nous explique Cyril Coulet, spécialiste des pays nordiques.
 

Cap Finistère : En 2014, à l’issue des dernières élections générales vous écriviez dans une note publiée par la fondation Jean Jaurès : « L’extrême droite est laissée de côté mais dispose d’une influence croissante dans l’agenda politique. » Comment en quatre ans, les « démocrates de Suède » sont devenus une des principales forces politiques suédoises ?
Cyril Coulet : Cette analyse semble toujours valable aujourd’hui. Le parti social-démocrate reste la première force politique suédoise mais il n’a pas réussi à endiguer son érosion électorale en dépit d’une mobilisation électorale importante. Et, même si certains, parmi le bloc de droite, ont évoqué la possibilité de donner des fonctions symboliques aux « démocrates de Suède » au sein du Parlement, aucun accord n’est aujourd’hui envisagé avec ce parti d’extrême-droite. L’extrême droite est ainsi rejetée par les deux alliances mais elle se retrouve au coeur de la vie politique en raison de l’incapacité dans laquelle se trouve chaque alliance d’obtenir une majorité au Parlement.

Il me semble que la montée de l’extrême-droite ou de manière plus général des nouvelles formations politiques en Europe, s’explique en partie par l’épuisement de l’alternance et par une offre politique insuffisamment différenciée. La Suède, depuis 2010, connait le système des blocs qui peut donner aux électeurs l’impression que la vie politique est figée. A cela s’ajoute l’instrumentalisation des peurs liées aux crises migratoires, dans un pays où l’Etat providence et l’Etat nation se confondent. La rhétorique de l’extrême-droite consiste à expliquer que la solidarité qui s’exerce dans ce pays n’est plus possible avec des populations présentées comme inintégrables voire comme « inassimilables".
Il faut aussi considérer le contexte scandinave qui conduit à une certaine banalisation de l’extrême-droite omniprésente dans la vie politique. Ainsi, la droite populiste est au pouvoir en Finlande, en Norvège et elle soutient le gouvernement au Danemark.
 
Cap Finistère : L’immigration a-t-elle été le seul sujet de débat de la campagne électorale ?
Cyril Coulet : Elle a été un thème important mais pas unique. Les débats ont aussi porté sur le système de santé, l’éducation et la sécurité intérieure. Les thématiques de la sécurité intérieure et de l’immigration ont nourri la dynamique électorale de l’extrême droite. Mais le risque de voir l’extrême-droite l’emporter a suscité un sursaut parmi l’électorat de gauche qui s’est finalement plus mobilisé que prévu.

 

Cap Finistère : Finalement, la social-démocratie suédoise est plus solide que ce que les experts annonçaient ?
Cyril Coulet : Si on regarde d’où elle vient, la social-démocratie suédoise est tout de même très mal en point. Certes, elle reste la première force politique mais elle a perdu 3% par rapport aux dernières élections mais surtout, elle ne peut prétendre gouverner seule, alors que dans les années 70, elle était quasiment hégémonique.
 

Cap Finistère : Comment voyez-vous évoluer le parti social-démocrate suédois ?
Cyril Coulet : Il est difficile de répondre à cette question maintenant. Pour l’instant, les sociaux-démocrates sont occupés à créer les conditions pour gouverner. Les débats du prochain congrès seront intéressants à observer. Ce qui semble certain, c’est que le parti gardera une ligne très ferme de résistance à l’extrême-droite.
 

Cap Finistère : Y-a-t-il une dimension europhobe dans le vote pour l’extrême-droite ?
Cyril Coulet : L’adhésion de la Suède à l’union européenne n’a pas été une évidence. Mais les gouvernements suédois ont toujours su négocier des clauses d’exception. On peut dire que le pays bénéficie d’une « adhésion à la carte » qui convient assez bien aux Suédois. Ils ne sont pas dans la zone euro et ont obtenu le maintien du monopole de la vente d’alcool par une entreprise publique, par exemple.
 

Cap Finistère : Comme aux Etats-Unis, existe-t-il des signes d’une intervention de la Russie dans la campagne électorale, en particulier sur les réseaux sociaux ?
Cyril Coulet : Les autorités suédoises ont été très vigilantes à ce sujet. Il ne semble pas qu’il y ai eu d’interventions étrangères. En revanche, Les militants d’extrême-droite se sont beaucoup mobilisés sur les réseaux sociaux et le débat a porté sur la publication de sondages en ligne, pendant la campagne électorale, qui donnaient systématiquement le parti d’extrême droite les « démocrates de Suède » en progression. Or, on sait bien que la publication de ce type d’informations peut avoir une influence sur le vote des électeurs.
 

Cap Finistère : Donc la Suède est aujourd’hui dans une impasse institutionnelle ?
Cyril Coulet : Tout à fait. La composition du gouvernement se révèle plus compliquée que prévue. Les blocs sont plus compacts et plus solides qu’on pouvait le croire. Va-t-on vers une coalition arc en ciel ? Vers un blocage institutionnel ? Il ne faut pas oublier que, si l’extrême-droite n’a pas réalisé le score qu’elle espérait, elle pourrait bien tirer profit de cette situation et se renforcer encore. 

Interview réalisée le 20 septembre et publiée dans le Cap Finistère n°1241 du 5 octobre 2018




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