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vendredi 17 janvier
Journée militante 2010 : bien vieillir.
Discours de Marc Coatanéa, premier secrétaire fédéral
 
Débattre du vieillissement, du « bien vieillir » ce n’est pas simplement se poser la question des services à rendre à une partie de notre population. C’est interroger notre société elle-même. Nous l’avons vu dans le débat sur la réforme des retraites, la question du lien entre les générations est clairement posée.
 
Je suis réellement convaincu que la façon dont une société s’occupe de ses ainés fait sens. Cela interroge la solidarité elle-même, et la façon dont elle est mise en œuvre concrètement, à tous les niveaux.
 
Quelque chose me frappe dans la façon dont les médias, notamment, traitent la question du vieillissement. Trop souvent, cette question est abordée d’une façon extrêmement misérabiliste. Nous avons tous en tête ces reportages qui se servent de la détresse extrême et de la solitude de certaines personnes âgées pour faire du sensationnel, et donc de l’audience.
 
A l’inverse, ce débat est aussi trop souvent abordé sous un angle très technique, de telle sorte que seuls les experts s’y retrouvent.
Typiquement, la politique des âges est trop souvent associée par l’opinion à la question de la fin de vie, et par certains politiques à un soit disant insoluble problème de financement.
 
L’intervention de Nicolas Sarkozy mardi n’a pas fait exception. Pendant des mois, l’UMP a cherché à créer la panique en faisant croire que l’avenir des retraites était fortement menacé. La vieillesse est aujourd’hui abordée sous le même aspect. Vous allez voir que, d’ici quelques mois, on va nous expliquer que nous n’auront jamais les fonds suffisants pour pouvoir prendre en charge la dépendance et donc mettre en place les mécanismes de solidarités collectives.
 
Dès le départ, le problème est mal posé, et le débat est sciemment biaisé.
 
Notre choix doit donc être clairement celui du vivre ensemble, du plus jeune âge au plus ancien. Il nous faut impérativement préserver et renforcer le pacte social, fondement de la République.
Il est donc impensable d’opposer valides et personnes dépendantes ou en perte d’autonomie, jeunes et personnes âgées, etc. Il ne peut y avoir de choc des générations !
 
La problématique de l’autonomie n’est pas une question d’âge. Elle nous concerne tous ! Et elle nous concerne doublement : d’abord parce que nous sommes tous susceptible d’être confronté à cette question un jour. Mais cela nous concerne aussi et surtout en tant que citoyens.
 
Nous devons garantir la dignité à chacun jusqu’à son dernier jour. Aujourd’hui, cette dignité n’est pas suffisamment assurée, que ce soit par le manque de moyens dont souffrent certains établissements, ou par la faiblesse des allocations, qui laissent bon nombre de citoyens survivre en dessous du seuil de pauvreté.
 
Solidarité, vivre ensemble, autonomie et dignité, ce sont les valeurs qui doivent nous guider. C’est cette conception là qui fait la force et la pertinence de la protection sociale française. Et ce sont ces valeurs qui ont amené à garantir quatre risques par la sécurité sociale. C’est donc fondamentalement cette conception là qui doit continuer à nous guider aujourd’hui.
 
 
 
 
Le constat est toujours le même : dans un régime faisant appel aux assurances privées, les plus aisés ont les moyens de se protéger en faisant appel à des compagnies d’assurances. Et les autres doivent se contenter d’un système souvent minimaliste, qui, dans la plupart des cas, ne répond pas suffisamment aux besoins et laisse les gens au bord du chemin, faute de moyens.
 
« Gouverner, c’est choisir », disait Pierre Mendès-France. Alors que le gouvernement met, enfin, en débat la création d’un 5ème risque, notre choix est simple : c’est celui de la solidarité nationale. Faire confiance à un système d’assurance et d’individualisation des risques serait une erreur.
 
La perte d’autonomie doit être pris en charge par une 5ème branche de sécurité sociale.
 
Cette couverture doit assurer :
- une prise en charge universelle, pour tous les citoyens concernés, quel que soit leur âge ou leur handicap ;
- une prise en compte des projets de vie, avec comme priorité l’autonomie des personnes ;
- des prestations, financières et en nature, qui soient fonction des besoins du bénéficiaire ; ces prestations doivent englober et remplacer tous les dispositifs existant, pour une réponse globale ;
- les besoins en équipements et en infrastructures doivent également être couverts ; le manque de place en établissements spécialisés, par exemple, est insupportable et doit être réglée.
 
Bien souvent, la question des ressources est opposée. Je ne m’y attarderai pas, mais permettez-moi malgré tout d’en tracer quelques traits.
 
Nous vieillissons tous. Nous deviendrons tous, je nous le souhaite, des personnes âgées. Et nous serons tous, à des degrès divers, confrontés à la question de la perte d’autonomie.
C’est donc bien un système basé sur l’impôt, et sur une branche de sécurité sociale gérée par l’Etat, que nous devons imaginer.
 
Clairement, la mise en place d’un tel système serait un échec si cela ne donnait pas lieu à une véritable redistribution par l’impôt. Les efforts doivent être partagés par tous en fonction de la capacité de chacun à y contribuer.
 
Chantier ambitieux ? C’est certain ! Un véritable travail devra être mené pour que chacun adhère à ce projet ; pour que tout le monde accepte cette réforme qui consiste à ce que chacun contribue en fonction de ses moyens, et perçoive en fonction de ses besoins. Cela paraît tomber sous le sens, mais cela ne semble malheureusement plus être totalement partagé aujourd’hui. Il faudra donc convaincre.
 
A travers cette question de la prise en charge de la perte d’autonomie se posent de nombreuses questions. Quelle est la place des professionnels, et quel sens redonner à leur action ? Comment éviter la dépendance, ou la grande dépendance, avant qu’elle n’intervienne ? Et comment améliorer l’accompagnement, les soins ? Comment permettre à la personne d’être plus autonome, et respecter au mieux sa liberté de choisir son projet de vie ?
Comment l’Etat soutient-il les collectivités dans leurs politiques publiques localement ?
 
Ces questions, nous nous les poserons aujourd’hui et chercherons à y répondre. Nous devrons le faire car les besoins sont impératifs, et les conséquences d’une telle réforme seront énormes.
Ces conséquences, ce sera d’abord le retour de la solidarité nationale, et d’une véritable solidarité intergénérationnelle, avec tout ce que cela implique.
 
C’est aussi la construction d’un véritable secteur de la dépendance, regroupant handicap et gériatrie. Cela doit permettre le développement d’activités centrées sur la personne. Autrement dit, des activités économiques basées sur l’économie sociale et solidaire, n’ayant pas pour but le profit. Ce secteur serait largement source d’emplois pérennes et non délocalisables. C’est un pan entier de l’économie qui, avec le secteur de la santé, peut fonctionner en ayant l’humain au cœur. N’est-ce pas salutaire d’avoir une économie qui se structure autour d’un secteur de services à vocation sociale, Un secteur régulé, générant de fort besoins de main d’œuvre, et ancré dans l’économie réelle ?
 
Autant de questions que soulève ce vaste débat sur notre choix de société pour demain. Ce qui est certain, c’est que nous devons réaffirmer notre attachement à la solidarité nationale, et à l’autonomie des individus, à la dignité de la vie jusqu’au dernier jour, et au vivre ensemble.
 
Ce sont les clefs du débat qui nous réunit. Ce sont les enjeux des discussions qui vont bientôt s’ouvrir. Nous devons être, sur ce sujet, et sur l’ensemble de la politique des âges, novateurs et offensifs.
 
Je nous souhaite une bonne journée de travail.
 
 



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