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mercredi 22 novembre
Jean-Christophe Cambadélis : « Il est hors de question de laisser la France perdre son âme »

Déclaration de Jean-Christophe CAMBADÉLIS Premier secrétaire du Parti socialiste Paris, siège du Parti socialiste Lundi 24 avril 2017

 


Jean-Christophe Cambadélis : « Il est hors de... par PartiSocialiste

Déclaration de Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Seul le prononcé fait foi

Mes chers compatriotes, Mesdames, Messieurs,

Hier, le peuple français s’est exprimé de manière souveraine. Ce vote doit être respecté. Mais il n’est pas interdit de l’expliquer. La participation – plus forte que celle qu’annonçaient les sondages – indique de manière claire que les Français ne se sont pas laissés impressionner par les attentats qui visaient à bousculer notre démocratie.

Au moment où je vous parle, l’extrême droite a mis un pied dans la porte du pouvoir en progressant de plus d’un million de voix. J’en mesure la portée pour notre pays et l’immense responsabilité qui revient désormais à notre parti.

Chacun va chercher à caractériser ce premier tour de cette élection un peu hors-sol. Car il faut le dire d’emblée : la France n’a pas réussi son grand rendez-vous avec elle-même. Ce vote insaisissable est le fruit d’une présidentielle anxieuse, nerveuse, fiévreuse et pour finir, douloureuse. Une campagne sans fond visible, où les sujets n’ont pas dominé, dont tout le monde souhaitait qu’elle se termine enfin, alors qu’elle n’aura jamais véritablement démarré. Une campagne dont une majorité de Françaises et de Français n’a jamais pu se saisir malgré le spectacle des meetings et des débats.

Dans cette étrange campagne, il y aura eu beaucoup de colère et de calculs mais très peu de propositions faisant débat sur les attentes politiques et les demandes programmatiques. Ce premier tour fut réduit à une seule injonction : Qui pour battre Madame Le Pen ? Tant il est vrai qu’aux lendemains du Brexit, de l’élection de Trump et sur fond de montée générale du nationalisme en Europe, chacun se demande si le tour de la France n’est pas venu.

Mais cette donnée a pesé au-delà du raisonnable dans l’avant-premier tour.

Le vote utile contre le Front national a littéralement mutilé le débat, qui se sera limité à une série d’engouements pour des personnalités plutôt que pour des projets.

Aucun d’entre eux ne dessinait d’ailleurs une France majoritaire, mais seulement un engagement éphémère dont le ressort était la qualification au second tour, signe d’une victoire assurée – ce qui reste à démontrer – face à la candidate de l’extrême droite. Avec un brouillage des clivages et un brouillard des affaires qui auront empêché le grand débat auquel les Français aspiraient pourtant ardemment et légitimement. Avec enfin, la terrible piqûre de rappel du réel des attaques terroristes qui ont fini d’aggraver le désarroi.

Nous voici devant le résultat. Beaucoup vont vouloir y lire l’émergence d’un nouvel ordre électoral alors que nous sommes uniquement dans un grand désordre politique. Beaucoup vont vouloir y déceler une recomposition là où il faut plutôt voir une certaine décomposition amorcée il y a bien longtemps. Je mets en garde contre les analyses hâtives définitives et les certitudes des nouveaux cours.

La marque de ce premier tour est l’accession du Front national au second tour. Et une victoire sur ce rejet ne fait pas une majorité de projet. Restons prudents.

La présence du Front national au second tour est un choc de forte magnitude pour notre pays, malgré le fait que, contrairement à 2002, les Français étaient prévenus du risque lepéniste. Ainsi, ce premier tour marque tout autant un tournant qu’un tourment.

Ce vote va indéniablement marquer la décennie à venir, qui sera tout entièrement articulée autour de la lutte entre la démocratie et le nationalisme. Entre une démocratie affaiblie et un nationalisme plus ou moins xénophobe mais profondément raffermi, hantant l’Europe mais aussi le reste du monde dit occidental.

C’est dans ce contexte, avec ces éléments en tête, qu’il faut analyser le résultat décevant, déroutant et inquiétant du candidat de la Belle alliance populaire, Benoît Hamon. Ce résultat est dû à un enchaînement d’attitudes dans une conjoncture redoutable, marquée par une laborieuse sortie de crise et le retour du tragique, qui combinés, auraient nécessité l’unité. Que nous ayons été au milieu de la tranchée gouvernementale ou au cœur de la campagne.

C’est une lourde défaite, nous l’assumons, due tout autant à un contexte qu’à l’essoufflement d’un projet politique. Les socialistes n’ont pas été jugés sur leur bilan, ni sur leur projet mais sur la capacité à affronter le 2e tour. Cette élection présidentielle n’est ni un début ni une fin, mais un moment d’une séquence politique, moment cruel pour des socialistes trop divisés. Ces résultats marquent la fin d’une époque et appellent un profond renouvellement tout en gardant la spécificité du Parti socialiste : Gouverner à gauche pour transformer.

L’introspection viendra. L’analyse de cette défaite prendra du temps, car elle vient de loin. Mais pas maintenant. Car le temps de l’explication n’est pas venu. Aujourd’hui, il faut se situer dans le temps de l’action. Et la séquence politique va jusqu’au 18 juin et la fin des élections législatives.

Dans cette période troublée, la main des socialistes ne peut pas trembler. Dans ce grand désarroi, le Parti socialiste assume ses responsabilités et fait un choix de clarté : Marine Le Pen Présidente ? Ça jamais ! Il faut faire barrage à l’extrême droite et voter pour la République.

En conséquence, le 7 mai prochain je voterai, nous voterons pour Emmanuel Macron. Je le ferai sans hésiter, sans détour et surtout sans condition, comme nous l’avions fait pour Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen.

Le Premier Ministre s’est exprimé avec la même clarté. Benoît Hamon est allé dans le même sens. Et je ne doute pas que le Président de la République, qui a été constant dans sa dénonciation de l’extrémisme national-populiste enverra un message fort à la Nation.

Il est de notre responsabilité de mettre en échec l’extrême droite. Tout nous y oblige : nos principes, le poids de notre histoire et l’imminence du danger. Oui, le danger est imminent. Comment ne pas le voir ? Mais, quand nous disons que le Front national est un péril, ce n’est pas uniquement par rapport à son passé, ou à ce qu’il fait au présent dans les collectivités, c’est aussi et surtout par rapport à l’avenir qu’il nous promet.

Le Front national est un danger pour la République et pour la France et donc bien entendu pour les Français. Madame Le Pen va ruiner les Français en organisant le repli aux frontières. La sortie de l’Euro et de l’Europe ? C’est la ruine des petits épargnants et de tous les ménages, l’augmentation des prix et le surendettement national. Madame Le Pen va trier les Français en les obligeant à prouver leur « francité ». Elle remettra en cause la protection sociale et les conventions collectives, au seul profit de « qui on est » et de « qui on n’est pas ». Elle fragilisera la protection de l’Etat en organisant la chasse aux « faux Français » dans l’administration, l’armée, la police, l’école, les hôpitaux.

Ainsi, le programme de Madame Le Pen ne se limite pas à la sortie de l’Europe : Elle veut aussi mettre en œuvre la sortie de la République. En effet, Madame Le Pen s’apprête à piétiner notre devise républicaine.

Il faut se le dire : le Front national ne rendra aucun service à la France. Alors même que Madame Le Pen veut nous faire croire que tous les défis d’aujourd’hui peuvent être résolus au niveau national. Son parti n’apportera aucune solution à la crise économique ou au défi écologique. Encore moins à la menace terroriste. La France est attaquée par le djihadisme de l’EI et confrontée à une multitude de défis. La France a besoin de l’esprit de concorde qui est sa meilleure ligne de défense. Or, le Front national incarne tout l’inverse. C’est le désordre assuré, la crise sociale et la tension entre les Français. C’est un saut, non pas dans l’inconnu, mais dans l’instabilité et dans la division, dans la marginalisation politique et historique de notre grand et beau pays. Le 7 mai au soir, si le plafond de verre s’écroule, il laissera la place à une chape de plomb. Si Madame Le Pen l’emporte, nous ne serons pas « chez nous » mais sans « nous » français.

Ainsi, face à ce danger, j’appelle tous les Français, quel que soit leur engagement partisan, à faire obstacle à la marche de l’extrême droite vers le pouvoir présidentiel.

Ainsi, face à ce danger, j’appelle tous les électeurs de gauche à nous rejoindre dans ce combat : Électeurs socialistes qui ont voulu faire barrage à Marine Le Pen en votant Emmanuel Macron ; Électeurs socialistes qui ont voulu soutenir la démarche originale et courageuse, que je salue, de Benoît Hamon ; Électeurs socialistes enfin qui ont espéré mettre un candidat se réclamant de la gauche au deuxième tour en soutenant Jean-Luc Mélenchon. A tous, je leur dis : aucun choix politique à gauche ne sera possible si Marine Le Pen gagne la présidentielle.

Les socialistes répondent toujours présents quand la France est alarmée, déboussolée et bousculée, quand le tourbillon tragique de l’Histoire s’enclenche à nouveau.

Le Parti socialiste a toujours été l’ardent défenseur de la République. Il l’a maintes fois démontré, jusque dans le cœur de la nuit de l’Occupation. Le Parti socialiste a toujours défendu le principe du barrage républicain. Nous sommes inconditionnellement pour la défaite du Front national, parce que nous sommes inconditionnellement pour la sauvegarde de la République.

Disant cela, j’appelle tous les militants socialistes, dont je salue l’engagement courageux dans cette campagne présidentielle, à redoubler d’efforts, partout, sur tous les territoires, sans relâche ni arrière-pensée, pour repousser le Front national et défendre ensemble les valeurs qui nous unissent indéfectiblement à la République.

Il ne s’agit pas ici simplement d’un appel solennel ou d’une déclaration sans lendemain. Il nous revient de porter ce message sur le terrain, auprès de tous nos concitoyens au moment même où de nombreuses forces politiques seront dans l’incertitude ou le retrait, voire la précaution.

Ainsi, nous allons nous lancer pour faire triompher la République le 7 mai prochain. Dans quelques heures, un tract sera publié à 4 millions d’exemplaires, plusieurs centaines de milliers d’affiches seront imprimées et placardées partout en France, des milliers de porte à porte et des centaines de réunions seront organisées par nos élus et militants tout au long des deux prochaines semaines.

Car il est hors de question de laisser la France perdre son âme. Car, c’est de cela qu’il s’agit : de l’âme de notre pays, du sens de la France.

Puis, viendront d’autres échéances. Nous refusons de les évoquer à présent tant que ne sera pas écarté le danger imminent.

Dans l’époque qui vient, l’avenir appartient à ceux qui sauront conjuguer la cohérence, la cohésion et la confrontation avec les nationalistes. C’est ainsi, la bataille de France vient de débuter. Elle sera longue. Le Parti socialiste y jouera tout son rôle et il sera à sa place : la première.




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