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dimanche 8 décembre
Des liens qui libèrent
 
Les politiques de solidarité, ce n’est pas seulement « un pognon de dingues » dépensé sans résultat, c’est surtout créer, entre les citoyens, des liens qui libèrent, a expliqué le sociologue Serge Paugam, en ouverture de la journée des solidarités organisée le 17 décembre, à la Maison du Département.
Car, au-delà du montant des prestations, c’est la question de la reconnaissance sociale et de la place de chaque citoyen au sein de la société qui est posée aux élu.es des Conseils départementaux, les collectivités des solidarités. 
Les précarités se cumulent et s’amplifient. La précarité de l’emploi est celle qui vient spontanément à l’esprit mais il en existe bien d’autres. Et surtout, aujourd’hui, même les salariés peuvent se trouver dans des situations de ruptures profondes.
Les ruptures familiales jouent aussi un grand rôle. Or, toutes les études montrent que la proportion de personnes sans relations familiales est d’autant plus importante qu’on se situe au bas de l’échelle sociale. La différence peut aller de 4 % pour les plus aisés, à 25 % pour les plus démunis.
Cette rupture familiale va de pair avec une rupture sociale. Elle pourrait être compensée par une forme de vie collective grâce au monde associatif. Mais là encore, on voit plutôt des bénévoles essoufflés et des associations qui ne fonctionnent que grâce à l’énergie de quelques-uns. 
« Il existe quatre types de liens entre les individus », a rappelé Serge Paugam : familiaux, associatifs, professionnels et citoyens. Mais chacun d’entre eux est, plus ou moins profondément, remis en cause. Cela a des répercussions sur les solidarités intergénérationnelles mais aussi sur notre vie démocratique.
Serge Paugam a, bien sûr, fait référence au mouvement des gilets jaunes qui, d’une certaine manière, participe à cette volonté de créer ou re-créer des liens entre des personnes qui se reconnaissent dans des revendications communes.
De fait, la société est aujourd’hui divisée en strates. Au sommet, on trouve celles et ceux qui sont totalement inséré.es. Ils ne subissent aucune rupture et n’ont pas trop de souci à se faire pour leur avenir. Leur intégration est assurée. 
Mais on trouve en-dessous, une autre partie de la population dont l’intégration est fragilisée. Les liens ne sont pas encore rompus mais ils sont fragilisés.
Un autre palier est atteint lorsque l’intégration doit être compensée. C’est-à-dire que pour renouer les liens cassés, les individus sont obligés d’en réinventer, en marge de la société.
Enfin, au plus bas, se trouve la strate de l’intégration marginalisée où les personnes ne possèdent plus rien et doivent consacrer l’ensemble de leur énergie à survivre. 
Voilà pour le constat. Mais Serge Paugam ne se contente pas de décrire, en sociologue, une situation. À partir de ses observations, il avance des propositions et invite les élu.es à intervenir dans cinq directions.
D’abord, puisque les précarités se cumulent, il faut que l’ensemble des acteurs travaillent ensemble (logement, santé, emploi, transport etc).
Ensuite, il faut garder à l’esprit l’importance du collectif. Or, trop souvent, on a tendance à demander à chacun de se responsabiliser sans se soucier des autres.
Il faut apporter de la protection aux plus fragiles. Mais il faut aussi leur apporter de la reconnaissance, en donnant à chacun des droits et les moyens d’être reconnus comme citoyen. 
Les élu.es, et en particulier les conseillers départementaux, ont la charge de renouer des liens. Mais, ils et elles doivent bien faire attention à la nature de ces liens car ils peuvent introduire des relations totalement inégales entre celui qui aide et celui qui est aidé, voire des liens de subordination.
Pour dépasser la société stratifiée et éviter que ces strates ne se transforment en ghettos, il est indispensable, dans les territoires, de créer une conscience collective.
À travers son intervention, Serge Paugam a invité les conseillers départementaux à comprendre le réel pour aller à l’idéal et inventer les nouvelles solidarités du XXIe siècle.
 
Article publié dans le Cap Finistère n°1253 du 11 janvier 2019
 



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