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jeudi 5 décembre
Contre le populisme, il nous faut défendre une Europe populaire

 Texte publié dans le cahier de vacances 2018

Saviez-vous que l’Europe tient son nom d’un mythe ? Celui d’une princesse phénicienne dénommée Europe enlevée par le dieu Jupiter transformé en taureau pour mieux tromper sa vigilance. L’Histoire est parfois ironique. Car Jupiter existe toujours – du moins en France – et il tente, camouflé en défenseur acharné des idéaux prônés par ses pères fondateurs, de ravir l’Europe de son socle social pour n’en faire définitivement qu’un vaste ensemble économique libéralisé et bureaucratique. Une telle comparaison pourrait prêter à sourire. Elle ne le peut durablement quand cette même base sociale en danger est celle qui a permis à l’Europe de se reconstruire après deux conflits meurtriers et qui permet aujourd’hui à ses habitants d’imaginer – encore – un destin commun face aux multiples dangers qui menacent l’ordre mondial. L’élection de Donald Trump aux États-Unis et sa tentative d’instaurer une guerre commerciale avec les pays du Vieux Continent, la montée en puissance de la Chine et sa volonté de concurrencer à bas prix les industries européennes dont certaines sont déjà déclinantes, l’ingérence de la Russie dans les processus électoraux des États membres pour y asseoir son influence géopolitique, le vote en faveur du « Brexit » en Grande-Bretagne afin d’échapper au supposé « diktat » de Bruxelles en matière économique et surtout migratoire. Ces tendances sont tout autant d’alertes qui nous obligent à raviver le sentiment européen. Ce sentiment fondé à l’origine sur la nécessité de paix, après que des États voisins se sont déchirés, mais qui doit aujourd’hui se refonder autour de l’exigence de puissance pour peser sur la scène internationale. Mais pour qu’il y ait puissance, encore faut-il qu’il y ait légitimité. Or, cette dernière s’érode au gré des échéances électorales quand l’augmentation de l’abstention aux élections européennes accompagne l’essor des forces populistes anti-européennes partout sur le continent. Du sentiment de ne rien avoir de semblable de Rome à Bucarest à l’impression d’habiter une zone géographique ultra -libérale vidée de ses valeurs fondatrices, l’Européen se réfugie dans le repli national tenté qu’il est d’y retrouver des repères. Ces repères qu’il estime perdus par la confusion des frontières et la libre circulation des hommes, des biens et des capitaux. Mais, doit-on lui jeter la pierre ? Non, tant il faut d’abord comprendre ce qui engage l’Europe sur cette pente faiblissante. Parmi tant d’autres facteurs qui l’expliquent, il en est deux qui paraissent à première vue contradictoires. Le premier réside dans l’incapacité des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne à rétablir un grand récit fédérateur. Celui qui a présidé à la création de la Communauté européenne et qui s’est depuis dilué dans des promesses sectorielles et bureaucratiques qui sont tout autant de divisions dans un continent qui ne peut se le permettre tant son unité relève dès l’origine du « miracle ». Car seul ce type de discours, de celui qui trace un trait entre les principes fondateurs, les réponses à apporter aux soubresauts de l’actualité et la vision unificatrice qui doit faire s’entendre tous les particularismes autour d’un projet commun, pourra réanimer le besoin d’Europe et expliquer ce en quoi celle-ci est encore utile. Perspective qui doit asseoir l’intérêt qu’a le Breton de dégager un horizon unificateur aux côtés de l’habitant de la Prahova roumaine, du Bade-Wurtemberg allemand ou de la Sicile italienne. Intérêt qui l’était hier, quand il s’agissait de s’entendre pour éteindre les cendres de meurtres fratricides encore brûlantes, mais qui n’est plus si évident aujourd’hui alors que les nouvelles générations ont la paix pour acquis social. C’est là qu’intervient le second facteur de désamour. Celui qui vise une Union européenne qui dispute à l’anéan tissement d’un grand récit fédérateur, et donc transnational, l’impossibilité d’expliquer son utilité concrète au plus près de ses territoires. C’est ici surtout affaire de pédagogie car sait-on par exemple qu’il est prévu qu’entre 2014 et 2020, près de 1 milliard d’euros de fonds européens sont investis en Bretagne pour soutenir le développement économique et l’attractivité des territoires ? Que, doté d’une enveloppe de 307 millions d’euros gérés par la Région Bretagne, le fonds européen de développement régional (FEDER) intervient notamment dans les domaines de la recherche et de l’innovation et accompagne la transition énergétique et écologique ? Qu’abondé de 368 millions d’euros gérés également par la Région, le fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) finance des projets locaux liés aux mutations de l’espace rural et de l’agriculture ? Qu’enfin le fonds social européen (FSE), qui s’élève en Bretagne à hauteur de 184 millions d’euros, contribue à l’accompagnement de chacun dans l’emploi ? À titre d’exemple pour la période 2014-2020, le conseil départemental du Finistère est en charge d’une subvention globale FSE de 13,21 millions d’euros, montant symbolisant déjà l’efficacité possible d’un plein engagement. Pédagogie qui explique certainement que 81 % des Bretonnes et des Bretons jugent l’appartenance à l’Union européenne comme « une bonne chose », selon une étude réalisée en décembre 2017 pour le compte de la Région Bretagne. Élaboration d’un récit unificateur donc, fondé sur l’intérêt que chaque Européen a à défendre une voix forte et unique pour faire des valeurs et de la bonne santé économique de l’Union européenne les armes de sa puissance retrouvée sur la scène internationale. Mais pédagogie surtout, pour légitimer cet horizon qui, sans aspect concret, c’est-à-dire vécu au sein de ses territoires, n’aurait qu’un caractère abstrait pour ne pas dire « hors-sol », renforçant à l’inverse le repli national. Il nous faut désormais trouver l’acte fondateur liant ces deux impératifs et favorisant la continuité du sentiment légitime d’appartenir à un même projet, de la nécessité initiale d’instaurer la paix sur un continent déchiré à l’exigence de rétablir la puissance européenne pour éviter le risque de chaos international. À ce titre, il nous faut défendre une Europe des régions. Non concurrente des États-nations tant, dans son fonctionnement, l’Union européenne peut et doit continuer à s’appuyer sur l’action coopérative des États, dont le pouvoir en matière régalienne doit être garanti, et de ses provinces et régions. Mais une Europe qui s’appuierait sur ce qu’elle fait de plus concret, pour le bien-être de ses habitants et au plus près de leurs préoccupations, pour légitimer une bataille unificatrice en faveur de sa puissance retrouvée. Puissance dont l’atteinte lui serait utile pour lutter efficacement contre le terrorisme, pour défendre ses intérêts commerciaux et donc ses emplois, pour se battre en faveur de l’écologie et du développement durable et pour apporter une réponse humaine et concertée au drame des réfugiés. Dans un cadre européen et plus seulement national, il nous faut donc apporter des propositions en matière de décentralisation et de droit à la différentiation. Il nous faut aussi défendre le principe de subsidiarité, qui permet à l’Union européenne de ne mettre en œuvre que ce que les États eux-mêmes ne sauraient conduire et inversement, à l’échelle désormais des collectivités territoriales. Principe qui ne permettra donc plus seulement d’arbitrer entre la capacité d’intervention de l’Union européenne et des Étatsmembres mais entre ceux-ci et les provinces et régions. C’est pour cette Europe sociale donc, entendu au sens de ce qu’elle a de plus concrète et de plus en prise avec les préoccupations de ses habitants, qu’il faut militer. Cette Europe sociale qui doit faire dialoguer plus officiellement Bruxelles et Rennes voire Quimper, à côté du dialogue classique et essentiel entre Bruxelles et Paris, pour apporter aux instances européennes des éléments concrets sur l’efficacité ou non de leur action quotidienne. Ce sont ces orientations qu’il nous faut donc défendre, Bretonnes et Bretons, dans le cadre de l’élaboration d’un nouveau projet socialiste. Avec le lancement récent de la plateforme collaborative, La Ruche socialiste, le Parti socialiste nous en donne l’occasion. À nous de nous en saisir pour que la voix de la Bretagne soit entendue, notamment dans la perspective des prochaines élections européennes. À nous surtout, dans l’optique de ces mêmes élections européennes, de défendre cette évolution et d’imaginer ainsi les bases d’une Europe populaire contre l’avènement d’une Europe populiste.

 

 




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