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dimanche 9 août
1920 : ou l’éclatement de "la vieille maison"

Avec le congrès du globe en 1905 et celui d'Epinay en 1971, le congrès de tours de 1920 marque une étape capitale dans l'histoire du socialisme français : l'unité acquise de haute lutte 15 ans plus tôt vole en éclat et la SFIO se divise en deux blocs : l'un communiste, l'autre socialiste

Pacifiste avant la guerre, la SFIO s'est, dès le début des hostilités, ralliée à "l'union sacrée". Alors que la guerre qui ne devait durer que quelques mois se prolonge, avec toujours plus de morts, de blessés, de mutilés, un courant pacifiste se développe au sein de la SFIO.De plus, la révolution russe, à partir d'octobre 17 fascine de nombreux socialistes, menés par Loriot.
Plusieurs éléments expliquent ce virage à gauche d'une partie grandissante de la SFIO.
Un climat révolutionnaire
D'une part, bien sûr, l'échec de la 2 ème internationale qui n'a rien pu faire pour éviter la guerre et qui a "collaboré" avec l'ennemi de classe en participant aux gouvernements d'union nationale.
D'autre part, le résultat des élections législatives de 1919 est catastrophique : alors que la gauche progresse en voix par rapport à 1914, c'est une chambre " bleu horizon" qui sort des urnes. A quoi bon participer au jeu démocratique si la droite sort toute puissante des élections ? Enfin en ce début des années 20, l'espoir est à l'Est. Et Moscou représente un phare pour toute une génération de militants qui ont vu tant de camarades mourir dans les tranchées pendant que d'autres s'enrichissaient dans le commerce des armes. Lénine et la 3eme internationale montrent la voie.
Dernier élément qui contribue à expliquer la passion révolutionnaire d'une partie de la SFIO : en avril 1919, Vilain, l'assassin de Jaurès est acquitté !C'est dans ce contexte que la SFIO prépare le congrès de Strasbourg. Dans le Finistère, Daniel le Flanchec (1) mène avec Guiban les partisans de l'adhésion à la 3eme internationale. Un article de Le Flanchec, publié dans le Cri du Peuple, journal de la SFIO, le 31 janvier 1920 donne une idée des sentiments de l'époque : " Regardons nos vaillants frères russes qui… ont refoulé de la Baltique au Pacifique une bande d'aventuriers à la solde de la finance mondiale. Du courage et bonne brise". Le 15 février, au congrès fédéral de Quimper, les adhérents sont appelés à choisir entre 2 motions : celle de Loriot, pour la 3eme Internationale et celle de Paul Faure, pour la reconstruction de la 2eme.Face à Guiban et le Flanchec, Goude et Masson défendent le texte de Paul Faure.
Par 99 voix contre 93, le texte favorable à la reconstruction l'emporte à Quimper.
Les 5 délégués du Finistère qui participent au congrès de Strasbourg sont, pour la motion Faure Jean le Treïs, secrétaire fédéral, Goude et Masson et pour la motion Loriot, le Flanchec et Guiban.
Une scission douloureuse
A Strasbourg, les partisans de Moscou recueillent 1621 voix contre 3031 pour les "reconstructeurs" qui manifestent cependant de la sympathie envers la révolution russe. On constate donc que, dans le Finistère, le rapport de force entre la minorité favorable à Loriot et la majorité favorable à Faure est bien plus serré qu'au niveau national.
Mais les partisans de l'adhésion ne s'estiment pas vaincus : ils mènent un intense travail de propagande au sein des sections socialistes. Jean Le Treïs, secrétaire fédéral, finit même par les rejoindre le 8 août.
Le congrès de Tours qui doit se réunir à la fin de l'année 1920 tranchera la question de l'adhésion à la 3eme Internationale.
Et dans le Finistère, comme dans le reste du pays, les débats sont houleux et tendus. Au congrès de Brest qui se déroule le 5 décembre 1920 le verdict est sans appel : 178 voix pour la 3eme Internationale et 96 contre. Seul, Fernand le Goïc, maire de Douarnenez tente de concilier les deux clans en proposant des amendements aux deux motions en présence.
A Tours, au congrès qui s'ouvre le 25 décembre, la rupture est consommée : la section française de l'internationale communiste ( PCF ) est créée. On retiendra surtout de ce congrès l'intervention de Léon Blum qui, dès 1920, mettait ses camarades en garde contre les dangers du Léninisme. Surtout, il dénonce les 21 conditions imposées par Moscou, peu compatibles avec la tradition du socialisme démocratique ( voir encadré ).Dans le Finistère, la SFIO comptait environ 1500 adhérents avant 1920. Mais si la scission provoque le départ de 50% des adhérents, les socialistes vont rapidement reconstruire leur parti.
En effet, les cadres et les élus restent à la SFIO. Les militants qui rejoignent le PC sont le plus souvent de jeunes révolutionnaires, inexpérimentés qui auront du mal à accepter la hiérarchie du parti et qui, pour certains rejoindront rapidement la " vieille maison".
Dès 1921, la SFIO compte 1160 adhérents et en 1923 1319.

(1) voir le livre de Jean Michel le Boulanger " Flanchec ou l'étrange parcours d'un insoumis" éditions mémoires de la ville 1997




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